Contrefaçon de chaussures : comment le packshot protège votre marque

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La chaussure est l'un des produits les plus contrefaits au monde. En France, les douanes saisissent chaque année des centaines de milliers de paires de chaussures contrefaisantes, qu'il s'agisse de sneakers, bottes de luxe ou chaussures de sport. Pour les marques et les e-commerçants, la contrefaçon représente un manque à gagner considérable et une menace directe pour l'image de marque.

Ce que peu de professionnels savent, c'est que le packshot (la photographie professionnelle de produit) joue un rôle concret dans la lutte anti-contrefaçon. Comme élément de preuve dans les procédures judiciaires, comme outil de détection visuelle, et comme levier de traçabilité numérique.

Cet article détaille le cadre juridique de la contrefaçon de chaussures en France, analyse les jurisprudences les plus récentes (2023, 2025, 2026), et explique comment un packshot bien réalisé protège concrètement votre marque.

Le cadre juridique : qu'est-ce que la contrefaçon de chaussures en droit français ?

Définition pénale de la contrefaçon

L'article L335-3 du Code de la propriété intellectuelle définit la contrefaçon comme un délit pénal. Constitue une contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion d'une oeuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, par quelque moyen que ce soit.

Source : Article L335-3 du Code de la propriété intellectuelle (en vigueur depuis le 14/06/2009).

Appliquée à la chaussure, cette définition couvre deux réalités distinctes. La première est la contrefaçon de produit au sens classique : fabriquer et vendre des chaussures qui imitent le design, la marque ou les signes distinctifs d'un produit authentique. La seconde, moins connue mais tout aussi sanctionnée, est la contrefaçon photographique : utiliser les photos de produit (packshots) d'une marque ou d'un e-commerçant sans autorisation.

La chaussure : une double protection juridique

Ce qui rend la chaussure particulière en matière de contrefaçon, c'est la superposition de plusieurs couches de protection juridique.

Protection par le droit d'auteur. L'article L112-2, alinéa 14, du CPI protège les créations des industries saisonnières de l'habillement, et mentionne nommément la chaussure. Un design de chaussure original est donc protégeable par le droit d'auteur, sans aucun dépôt préalable.

Source : Article L112-2 du Code de la propriété intellectuelle

Protection par le droit des marques. Le nom, le logo, et les signes distinctifs déposés à l'INPI ou à l'EUIPO protègent la marque. Mais la protection va au-delà du simple logo : elle peut couvrir des éléments visuels comme une couleur spécifique appliquée à un emplacement précis du produit (la fameuse semelle rouge Louboutin), une forme caractéristique de semelle, ou un motif distinctif.

Protection par les dessins et modèles. Un design de chaussure peut être déposé comme modèle industriel, conférant un monopole d'exploitation sur l'apparence du produit pendant une durée maximale de 25 ans.

Ces trois protections se cumulent, créant un arsenal juridique dense pour les titulaires de droits, mais aussi une complexité redoutable pour les e-commerçants qui doivent naviguer dans cet environnement.

Les jurisprudences récentes : ce que les tribunaux disent en 2025-2026

La semelle rouge Louboutin : une couleur peut être une marque (Cass. crim., 10/09/2025)

L'arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 10 septembre 2025 (n°24-81.914) est une décision majeure pour la protection de la chaussure par le droit des marques.

Les faits sont les suivants. Les douanes ont contrôlé les locaux d'une société importatrice et y ont découvert des chaussures portant une semelle de couleur rouge, imitant la marque de position déposée par Christian Louboutin. La société a contesté la validité de la marque, soutenant qu'une couleur appliquée sur la semelle se confondrait avec la forme même du produit et ne pourrait donc pas être enregistrée comme marque.

La Cour de cassation a rejeté cet argument. Elle a jugé que l'application d'une couleur spécifique, identifiée par un code Pantone internationalement reconnu, sur un emplacement précis de la semelle présente un caractère « fantaisiste et arbitraire » dans le secteur de la chaussure à talons. Ce signe est apte à distinguer les chaussures de la marque Louboutin et constitue donc une marque valable. Sa reproduction constitue une contrefaçon.

Source : Cass. crim., 10/09/2025, n°24-81.914

La portée de cette décision va bien au-delà de Louboutin. Elle confirme qu'un élément visuel caractéristique d'une chaussure (une couleur, un motif, un positionnement de logo) peut constituer une marque protégeable. Pour les e-commerçants, cela signifie que leurs packshots doivent capturer ces éléments distinctifs avec une fidélité parfaite, car ces détails visuels sont précisément ce que le droit protège.

Contrefaçon de chaussures et blanchiment : les peines sont lourdes (Cass. crim., 10/12/2025)

Un second arrêt de la chambre criminelle, rendu le 10 décembre 2025 (n°24-84.831), illustre la dimension pénale de la contrefaçon de chaussures. L'affaire concernait l'importation de chaussures contrefaisant une marque connue, associée à des faits de blanchiment.

Les faits révèlent une chaîne structurée : une société française importait des chaussures contrefaisantes depuis la Chine, les revendait sur le marché national, et réinjectait les bénéfices via des virements vers le fournisseur chinois pour financer de nouvelles importations frauduleuses. Les douanes ont démantelé le réseau après des contrôles aux frontières.

La Cour d'appel de Paris avait condamné le gérant à dix-huit mois d'emprisonnement, trois ans d'interdiction professionnelle et de gérer avec sursis, et à une amende douanière de 100 000 euros solidaire. La Cour de cassation n'a cassé l'arrêt que sur un point technique (contradiction sur le blanchiment de travail dissimulé), confirmant l'essentiel des condamnations.

Source : Cass. crim., 10/12/2025, n°24-84.831

Cet arrêt montre que la contrefaçon de chaussures n'est pas un simple délit civil entre entreprises. C'est une infraction pénale passible d'emprisonnement, d'interdictions professionnelles et d'amendes massives, surtout lorsqu'elle est organisée et associée au blanchiment.

Napapijri vs Geographical Norway : la mauvaise foi au dépôt de marque (Cass. com., 28/01/2026)

L'arrêt le plus récent, rendu par la chambre commerciale le 28 janvier 2026 (n°24-14.760), aborde un aspect fondamental : la mauvaise foi dans le dépôt d'une marque liée à la chaussure et au vêtement outdoor.

L'affaire opposait les sociétés VF International (titulaire de la marque Napapijri) et les sociétés Artextyl/Super Brand Licencing (exploitantes de la marque Geographical Norway). Napapijri reprochait à Geographical Norway d'avoir déposé des marques (Geographical Norway Expedition, Geo Norway) en se plaçant délibérément dans le sillage de l'univers visuel Napapijri (logo en cartouche, drapeau norvégien, vocabulaire « géographique ») pour créer une confusion dans l'esprit du consommateur.

La Cour de cassation a cassé l'arrêt d'appel sur plusieurs points décisifs. Elle a jugé que la mauvaise foi au dépôt d'une marque doit être appréciée de manière globale, en tenant compte de l'ensemble des circonstances factuelles, y compris les comportements postérieurs au dépôt. La cour d'appel avait écarté plusieurs indices (procédures antérieures, imitation de visuels publicitaires, copie de modèles de vêtements) sans les examiner dans leur ensemble, ce que la Cour de cassation a censuré.

L'arrêt a également posé un principe important sur la prescription : en application de la loi Pacte de 2019, l'action en nullité d'une marque en vigueur au 24 mai 2019 est imprescriptible, même si la prescription avait été acquise sous l'ancien régime.

Source : Cass. com., 28/01/2026, n°24-14.760

À lire aussi : Droit à l'image et photo produit : ce que dit la loi française. Le cadre juridique complet du droit d'auteur photographique.

La saisie-contrefaçon : l'arme procédurale du titulaire de droits

Comment fonctionne la saisie-contrefaçon ?

L'article L332-1 du Code de la propriété intellectuelle offre aux titulaires de droits une procédure d'urgence redoutablement efficace : la saisie-contrefaçon. Sur ordonnance rendue sur requête par le juge civil, le titulaire de droits peut faire procéder, par huissier et éventuellement assisté d'experts, à la description détaillée ou à la saisie réelle des produits prétendument contrefaisants, ainsi que de tout document s'y rapportant.

Source : Article L332-1 du Code de la propriété intellectuelle (en vigueur depuis le 13/03/2014).

La saisie-contrefaçon peut porter sur les exemplaires contrefaisants eux-mêmes, les matériels et instruments de production ou de distribution, les documents comptables et commerciaux associés, et les recettes provenant de la commercialisation.

Le rôle du packshot dans la procédure de saisie-contrefaçon

Le packshot intervient à plusieurs étapes de la procédure.

Avant la saisie : constituer les preuves. Pour obtenir l'ordonnance du juge, le demandeur doit présenter des « éléments de preuve raisonnablement accessibles » étayant l'atteinte à son droit. Un packshot haute résolution du produit authentique, comparé à des captures d'écran ou des photographies du produit présumé contrefaisant, constitue un élément de preuve visuel immédiatement compréhensible par le juge.

Pendant la saisie : identifier les contrefaçons. L'huissier (et l'expert qui l'accompagne) doit pouvoir comparer le produit saisi au produit authentique. Des packshots de référence, montrant les détails distinctifs de la chaussure authentique (coutures, matériaux, logos, positionnement des éléments de marque), facilitent cette identification.

Au procès : prouver la contrefaçon. Les packshots professionnels servent de pièces au dossier. Des photographies haute résolution montrant les ressemblances entre le produit authentique et le produit contrefaisant, avec des zooms sur les détails pertinents, constituent des éléments de preuve solides pour le tribunal.

Attention à la loyauté de la requête

La Cour de cassation a rappelé, dans l'affaire Puma contre Carrefour (6 décembre 2023, n°22-11.071), que le demandeur à la saisie-contrefaçon a un devoir de loyauté dans la présentation de sa requête. Il doit soumettre au juge l'ensemble des faits objectifs pertinents, y compris ceux qui pourraient affaiblir sa position.

Source : Cass. com., 06/12/2023, n°22-11.071

Le packshot joue ici un rôle d'objectivation : des photographies professionnelles, neutres et fidèles, comparant les deux produits côte à côte, permettent au juge de se forger sa propre opinion sans manipulation visuelle.

Comment le packshot protège concrètement votre marque : 5 leviers

1. La traçabilité par les métadonnées EXIF

Chaque photographie numérique contient des métadonnées EXIF (Exchangeable Image File Format) enregistrées automatiquement par le boîtier : date et heure de la prise de vue, modèle de l'appareil, paramètres techniques (ouverture, vitesse, ISO), et éventuellement les coordonnées GPS du studio. Ces métadonnées constituent un horodatage automatique qui peut servir de preuve d'antériorité dans un litige.

Conseil pratique : ne supprimez jamais les données EXIF de vos packshots originaux. Archivez les fichiers RAW avec leurs métadonnées intactes dans un système de stockage sécurisé et horodaté (serveur avec journalisation, service cloud avec versionning).

2. L'enregistrement comme preuve d'antériorité

Avant de lancer un nouveau modèle de chaussure, faites réaliser un packshot complet et déposez les images auprès d'un service de preuve d'antériorité (enveloppe Soleau auprès de l'INPI, dépôt chez un huissier, ou service d'horodatage blockchain). Ce dépôt établit une date certaine pour votre design et vos visuels, ce qui simplifie considérablement la preuve en cas de litige ultérieur.

3. La comparaison visuelle automatisée

Les marketplaces comme Amazon, Alibaba et eBay utilisent de plus en plus des systèmes de reconnaissance d'images pour détecter les annonces de contrefaçons. Ces systèmes comparent les photos publiées par les vendeurs avec une base de référence fournie par les titulaires de marques. Plus vos packshots de référence sont de haute qualité et standardisés, plus la détection automatique est efficace.

En tant que marque, vous pouvez enregistrer vos packshots dans les programmes de protection des marques des principales plateformes : Amazon Brand Registry, eBay VeRO, Alibaba IP Protection. Ces programmes utilisent vos images comme base de comparaison pour identifier et retirer automatiquement les annonces suspectes.

4. La preuve de la qualité authentique

Un packshot professionnel montre les détails de fabrication qui distinguent le produit authentique de la contrefaçon : qualité des coutures, grain du cuir, finitions des oeillets, régularité de la semelle, positionnement exact du logo. Ces détails visuels sont des preuves tangibles qui aident les consommateurs, les douanes et les tribunaux à distinguer le vrai du faux.

5. La dissuasion par la présence en ligne

Un catalogue complet de packshots professionnels, bien référencé dans Google Images, rend plus difficile la tâche des contrefacteurs qui tentent d'utiliser vos propres visuels pour vendre des faux. Quand vos images authentiques occupent les premières positions dans les résultats de recherche, les fausses annonces utilisant des photos volées ou de mauvaise qualité sont plus facilement identifiables par les consommateurs.

À lire aussi : Packshot chaussure : le guide complet technique. Matériel, éclairage, post-production et standards marketplace.

Guide pratique : que faire si vos packshots sont volés ?

Étape 1 : Documenter l'infraction

Avant toute action, constituez votre dossier de preuves. Réalisez des captures d'écran horodatées du site ou de la plateforme où vos images sont utilisées sans autorisation (utilisez un outil comme la Wayback Machine ou un constat d'huissier numérique). Conservez les URL exactes. Comparez vos images originales (avec leurs métadonnées EXIF intactes) aux images reproduites.

Étape 2 : Notification de retrait

Adressez une demande de retrait (notice and takedown) à la plateforme hébergeant le contenu contrefaisant. Les grandes marketplaces (Amazon, eBay, Etsy) et les réseaux sociaux (Instagram, Facebook) disposent de formulaires dédiés à la signalisation de contrefaçon et de violation de droits d'auteur. Joignez la preuve de vos droits (contrat de cession avec le photographe, fichiers originaux avec métadonnées).

Étape 3 : Mise en demeure

Envoyez une mise en demeure au contrefacteur par lettre recommandée avec accusé de réception, exigeant le retrait immédiat des images, la destruction des copies, et le cas échéant une indemnisation pour le préjudice subi. Un avocat spécialisé en propriété intellectuelle peut rédiger cette mise en demeure pour lui donner plus de poids.

Étape 4 : Action judiciaire

Si la mise en demeure reste sans effet, vous pouvez engager une procédure judiciaire. L'action en contrefaçon (art. L335-3 CPI) permet d'obtenir des dommages-intérêts, l'interdiction de poursuite des actes contrefaisants, et la confiscation des produits contrefaisants et des recettes correspondantes. Le packshot original, avec ses métadonnées EXIF et son dépôt d'antériorité, constitue alors une pièce maîtresse du dossier.

Ce qu'il faut retenir

La contrefaçon de chaussures est un phénomène massif, sanctionné pénalement par des peines pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement et des amendes de centaines de milliers d'euros. Les jurisprudences récentes de la Cour de cassation (2023-2026) confirment et renforcent la protection des marques de chaussures, y compris sur des éléments visuels aussi spécifiques qu'une couleur de semelle.

Dans ce contexte, le packshot professionnel n'est pas un simple outil marketing. C'est un actif juridique qui remplit quatre fonctions de protection : preuve d'antériorité (métadonnées EXIF + dépôt horodaté), élément de preuve dans les procédures de saisie-contrefaçon (art. L332-1 CPI), base de référence pour la détection automatisée sur les marketplaces, et outil de comparaison visuelle pour les douanes et les tribunaux.

Pour les e-commerçants et les marques de chaussures, investir dans des packshots de haute qualité n'est pas seulement une dépense marketing. C'est une police d'assurance juridique.

Prochaine lecture recommandée : Comment choisir son photographe produit e-commerce

Cet article est publié par packshot-chaussure.fr. Toutes les références juridiques proviennent de Légifrance, le service public de diffusion du droit français, et sont à jour au 20 mai 2026. Cet article a un caractère informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.